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Sans vouloir sombrer dans l'auto... satisfaction
béate, nous voulions marquer d'une petite pierre blanche la parution
du 100e numéro d'Auto Trends, en demandant à chaque membre
de notre comité de rédaction de raconter son ou ses meilleur(s)
souvenir(s) de ces dernières années
Yves Poletti
Editeur d'Auto Trends
Les temps héroïques
Il y a 9 ans, tout était différent. Notre structure interne
était beaucoup moins complète et professionnelle, les techniques
de mise en page se révélaient lentes et fastidieuses...
Mais nous étions déjà habités par cette double
passion : celle de l'automobile jointe à celle de l'édition,
du papier, de la presse écrite... Difficile à décrire
et à comprendre, mais pour nous, c'est un grand bonheur de
réaliser des magazines. Partir d'une page blanche, la noircir
d'informations utiles, y ajouter des photos représentatives,
assembler le tout dans des mises en page dynamiques, assister à
l'impression des cahiers successifs pour, enfin, récompense
suprême, sentir cette odeur d'encre et de papier et palper,
soupeser cette création mensuelle...
Mais au début, rien n'était simple. Nous avons dû
apprendre ce métier qui n'était pas vraiment le nôtre...
Notre spécialité, notre cheval de bataille, c'était
l'édition de journaux à annonces tels Autoccasion ou
Immo Transit... Des journaux difficiles à réaliser techniquement
mais exempts de toute ligne rédactionnelle.
Nous avons dû nous créer notre propre style, nous entourer
de journalistes professionnels, prendre des contacts avec les marques
automobiles... en un mot, nous faire notre place. Et rien n'est
plus difficile que de bousculer les idées reçues et les
monopoles. Il faut se battre pour imposer ses idées, à grands
renforts de qualité et de créativité. Mais notre
façon d'aborder l'automobile a vite connu un grand succès.
Les lecteurs nous ont rejoints et se sont multipliés grâce
à l'objectivité avec laquelle nous traitons nos essais
automobiles et cette proximité que nous essayons d'entretenir
avec eux. Nos essais lecteurs, qui connaissent un franc succès,
sont la meilleure preuve de ce lien qui nous relie avec les passionnés
de l'automobile.
Rendez-vous pour le numéro 200.
Stéphane Lémeret
Journaliste à Auto Trends depuis 1994, rédacteur en chef
depuis 2000
En tant que plus ancien rédacteur d'Auto Trends encore en activité,
un nombre incroyable de souvenirs, bons dans leur toute grande majorité,
me reviennent en tête. Je n'avais que 20 ans lorsque j'ai signé
mon premier article dans ce magazine dont j'ai aujourd'hui la responsabilité
rédactionnelle. Il s'agissait d'un essai de la Golf III TDI 90ch.
Une voiture qui allait marquer la fin du siècle dernier et pousser
la concurrence à se surpasser pour essayer de faire mieux qu'elle.
Il est d'ailleurs intéressant et amusant de constater que près
de neuf ans plus tard, la Golf IV TDI 100ch - qui en est une très
proche descendante - donne encore bien du fil à retordre à
ses jeunes concurrentes, dans ce numéro 100 !
Comme ma collègue Nadine Vanhalle, ce sont toutefois les interviews
de personnalités qui m'ont laissé les souvenirs les
plus marquants. Jacques Bredael, Pierre Van Vliet, Christophe Dechavanne...
Mais deux rencontres sortent du lot. Celle de Philippe Adams tout d'abord.
Notre dernier pilote 100% belge en F1 m'avait vraiment laissé
une drôle d'impression, entraîné qu'il était
dans une spirale infernale à laquelle il ne comprenait rien du
tout. Lui qui ne vivait que pour la course depuis son adolescence ne comprenait
rien aux questions que les journalistes "d'investigation"
lui posaient au sujet des financements occultes qui lui permirent de disputer
deux Grands Prix en 1994. Ce type-là n'aurait pas fait de
mal à une mouche... mais était très mal entouré.
Il a failli sombrer ensuite. L'autre interview marquante de ces...
95 derniers numéros (je suis arrivé chez Auto Trends au
numéro 6) fut celle de Luc Donckerwolke, le designer belge en charge
du studio Lamborghini. Un être vraiment à part passionné
de bagnoles jusqu'à la moelle, avec qui il fut vraiment agréable
de discuter durant deux heures et demie dans son bureau de Sant'Agata
Bolognese.
L'essai de sa création, la Murciélago, fut également
un grand moment. Mais pas autant que celui de la gamme Jaguar en compagnie
d'Eddie Irvine sur le petit circuit de Silverstone, ou de la Ferrari
360 Spider F1 sur les routes de l'arrière-pays niçois,
au départ de Monaco. Autant de moments privilégiés,
que j'espère vous avoir fait vivre avec le plus d'intensité
possible.
Mon seul regret au cours de ces 284 derniers millions de secondes ?
Ne pas avoir réussi à faire venir Isabelle Durant pour un
grand débat sur la mobilité et la sécurité routière
qui aurait, je crois, pu faire avancer les choses, voire peut-être
lui ouvrir les yeux sur certaines inepties. Mon souhait pour cette année
est donc qu'un politicien assez ouvert soit élu à son
poste, afin de pouvoir organiser un débat avec lui avant notre dixième
anniversaire, programmé en février 2004.
Philippe De Leener
Journalistes à Auto Trends depuis 1995
L'affaire Classe A
Le lancement de la Mercedes Classe A est et reste gravé dans l'histoire
de notre magazine. Alors que beaucoup de nos confrères se laissaient
berner à cause d'un souci de traduction (confusion entre ce
qu'en allemand on appelle "châssis" et qu'il
faut traduire en français par "suspensions"), alors que
d'autres se faisaient doubler parce qu'ils étaient à
l'autre bout du monde (au Salon de Tokyo) et que les "rédac'chefs"
ne pouvaient accepter l'idée de laisser à la concurrence
le soin de publier une nouvelle aussi "dramatique" avant eux,
l'histoire a amené Mercedes à un rôle de vedette
dont ces Allemands se seraient bien passés.
L'événement n'était évidemment pas
innocent : souvenez-vous que l'histoire a été rendue
publique précisément au moment où les spécialistes
ès automobiles étaient inaccessibles parce que à
Tokyo, à des milliers de kilomètres et à 8 heures
de décalage horaire d'ici. C'était le moment où
jamais... pour qui ? Les soupçons se sont portés sur
la concurrence de Mercedes, pour laquelle l'arrivée de la
Classe A pouvait faire craindre l'apparition de quelque méventes.
Nos confrères de la presse ont eux aussi profité de l'aubaine
en vendant quelques pages à sensation supplémentaires. Sur
le dos de Mercedes bien sûr...
Depuis, les choses se sont tassées. La A fait son bonhomme de chemin
: plus personne ne parle des tonneaux surpris (encore que la surprise
était bien orchestrée !) par quelques photographes en mal
de gros plans spectaculaires.
Auto Trends n'a pas suivi la meute, et nous avons tout lieu de nous
en réjouir. Parce qu'il n'y avait de toute évidence
pas un si gros souci de sécurité que cela dans la A et parce
que tout journaliste consciencieux se devait de vérifier ses informations,
ce que nous avons fait. Parce que nous avons pu, en dispersant les nuages
de fumée dans lesquels l'événement se déroulait,
comprendre le comment et le pourquoi de l'aventure. Ce qui nous fit
publier quelques temps après un dossier "béton"
qui, à son tour, soutint nos ventes et nous permit d'affirmer
notre honnêteté et notre précision journalistiques.
Marcel Pirotte
Journaliste à Auto Trends depuis 1996 (sous le pseudonyme Pietro
Francobolli jusqu'en 2002)
Le bijou de Giugiaro
Le hasard fait parfois bien les choses ! De passage à Turin en
juin 96 afin d'effectuer un reportage spécifique chez Fiat
Italie, je rencontre un vieil ami, Giuseppe Giraudi, ancien directeur
des relations extérieures du numéro un italien, qui n'a
pas tout à fait décroché du métier puisqu'il
s'occupe à cette époque-là de manière
très informelle des contacts avec la presse pour le carrossier
Giugiaro. Et de me proposer le lendemain une rencontre en très
petit comité dans un hôtel de la grande banlieue turinoise
avec le fils Giugiaro, Fabrizio, et surtout un superbe "joujou"
concocté par le célèbre designer italien. Une invitation
qui ne se refuse pas, d'autant qu'il s'agit de l'unique
exemplaire de la berline Bugatti EB 112 dévoilée en 93.
Privilège plutôt rare, je pourrai même pendant quelques
kilomètres beaucoup trop courts à mon gré, prendre
le volant de cette machine hors du commun, qui aurait dû entrer
en production dès 1995. Hélas, la faillite "prévisible"
de Bugatti Automobili a tout remis en question. Ayant récupéré
non sans mal cette EB 112, Giugiaro affirme qu'il peut ainsi s'inspirer
du passé de la marque afin de perpétuer la tradition de
l'excellence. Cette grande berline de 5 mètres de long est
en effet exceptionnelle à bien des égards. Son moteur tout
d'abord, un V12 de 6 litres délivrant 460 chevaux et près
de 600 Nm de couple mais aussi sa transmission intégrale permanente
et surtout ces incroyables montées en régime ponctuées
de sérieuses poussées d'adrénaline. Sans oublier
le bruit de ce V12 typiquement Grand Tourisme et des performances dignes
d'un nom aussi prestigieux...
Un moment vraiment privilégié, qui m'a permis d'encore mieux
connaître Ital Design et surtout ses créateurs de génie,
Giugiaro et Montovani. Ce n'est pas tous les jours en effet que l'on peut
converser de manière aussi décontractée avec de véritables
créateurs, capables de concevoir aussi bien des prototypes tout simplement
exceptionnels que des modèles de grande série vendus à
des millions d'exemplaires, Alfasud et Sprint, VW Golf, Lancia Delta et
Prisma, Fiat Uno, etc.
Nadine Vanhalle
Journaliste à Auto Trends depuis 1997
Machos !? Jamais !
Mai 1997. Mes premiers essais, ceux de la Honda Civic 5 portes et de la
Nissan Primera GT paraissent dans Auto Trends. Ce ne sont pas mes premiers
essais puisque je suis dans ce métier depuis 1978 mais j'étais
très fière d'avoir le privilège, en tant que
femme, de pouvoir collaborer à un magazine 100% automobile et d'être
considérée sur un pied d'égalité avec
mes confrères masculins. Pas toujours facile d'être
la seule femme au sein d'une rédaction ou au sein d'un
groupe de 20 journalistes se déplaçant en voyages de presse.
Mais il faut croire que j'ai du répondant ! Macho, eux ? Jamais
! Mais il faut de temps en temps se défendre...
Cette année-là dans Auto Trends, j'avais aussi réalisé
un dossier spécial Ferrari pour les 50 ans de la marque, un moment
important pour moi car à cette occasion Jacques Swaters m'avait
réservé une visite guidée particulière de
son musée privé en dessous du Garage Francorchamps. Le début
d'une belle amitié !
Autre moment fort de cette année 97 : le reportage chez McLaren lors
du Grand Prix F1 : pouvoir pénétrer dans les coulisses d'une
écurie de F1 est toujours un moment inoubliable, rencontrer des personnalités
et les approcher par le biais d'une interview est toujours un exercice
que j'apprécie énormément. Depuis, les interviews
se sont succédé : Craig Pollock, Jean Todt, Flavio Briatore,
Marc Wilmots, Marcus Grönholm, pour ne citer qu'eux... Des
rencontres captivantes qui laissent, tout compte fait, plus de souvenirs
que les voitures... à quelques exceptions près. Là,
je pense à la Rolls-Royce Corniche ou à la Maserati Spyder,
pour prendre les deux exemples les plus marquants de ma carrière
chez Auto Trends !
Frédéric De Backer
Journaliste à Auto Trends depuis 2001, rédacteur en chef
adjoint depuis 2002
Les yeux bridés de plaisir
Rassurez-vous, je ne vais pas vous replonger très loin en arrière
pour vous conter mon plus beau souvenir de journaliste automobile. Tout
simplement parce que cela fait seulement deux ans que j'ai décidé
de faire de ma passion mon métier, après avoir pas mal traîné
dans les couloirs des palais de justice en tant que chroniqueur judiciaire.
Imaginez, un beau matin de juin 2002. Vous vous trouvez sur la piste de
développement Honda à Takasu, sur l'île d'Hokkaido,
à l'extrême Nord du Japon. Devant vous, des kilomètres
de pistes d'essai ponctuées par un fabuleux banking (virage
relevé). A vos pieds, une NSX. Mais pas n'importe quelle NSX.
Une type R. R comme Racing. Plus légère de 120 kilos que
la version standard, déjà particulièrement svelte
grâce à sa carrosserie en aluminium. C'est ce moment
que je garde en mémoire comme le plus bel épisode de ma
jeune carrière de journaliste à Auto Trends. Un moment inoubliable
autant par les sensations qu'il m'a valu que le contexte dans
lequel il s'est déroulé !
Initialement, nous étions là pour découvrir les nouvelles
Accord, ce que nous avons fait sur le premier circuit. Les journalistes
de plusieurs pays étaient présents, si bien qu'en attendant
mon tour, je ne pouvais m'empêcher d'aller lorgner à
quelques mètres de là, où la pelouse donnait accès
à la partie supérieure du banking. Le bruit des NSX-R qui
y évoluaient à plus de 200 km/h me donnait des frissons
dans le dos. Puis ce fut mon tour de prendre place derrière le
petit volant Momo, et de poser ma main fébrile sur le pommeau de
levier de vitesse en titane. Aileron en carbone, fond plat, diffuseur
sculpté dans le capot... Tout a été fait pour
plaquer cette pure sportive sur l'asphalte. La puissance de 280 chevaux
atteinte à 7.300 tr/min n'a rien d'exceptionnelle en
soi, mais il s'agit bel et bien de chevaux de course : 280 km/h en
bout de ligne droite, ça vous dit !? Juste le temps de lever le
pied, et le banking est abordé à environ 200 km/h. C'est
ma première expérience de ce type, mais elle me met en confiance.
Une fois la voiture dans l'angle, la force centrifuge s'occupe
de tout, à tel point qu'on peut presque lâcher le volant
! Mon deuxième passage dans le banking s'effectuera à
220 km/h, mais je n'ai pas été au-delà. J'ai
trop envie de pouvoir continuer à vous faire partager les joies
de ce fabuleux métier !
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