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Chrysler Crossfire : Elle met le feu !

Avec un nom pareil, la Crossfire ne peut que raviver la flamme des amateurs de coupés sportifs! Une grande première pour Chrysler puisque, hormis la Dodge Viper qui évolue dans une autre catégorie, aucune voiture de ce type ne figurait jusqu'à présent dans sa gamme.

Construite par Karmann
3.2 Mercedes
Sur des rails
Priorité au pied
Conclusion


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Hasard du calendrier, Chrysler a présenté sa Crossfire à la presse une semaine après la Nissan 350Z, sa concurrente directe, bien qu'elle lui rende 65 chevaux. Initialement, les deux voitures avaient d'ailleurs été dévoilées en même temps. C'était au Salon de Detroit 2001. Mais la Crossfire était alors un pur concept-car dont la commercialisation ne figurait pas au programme du constructeur. Ce n'est que six mois plus tard, en juillet de la même année, que les responsables de la marque prirent finalement la décision de mettre cette étude de style à l'épreuve de la route. Résultat: les ingénieurs maison n'ont eu que 18 mois pour développer la voiture. Un tour de force dont ils ne sont pas peu fiers, d'autant que le produit final est à la hauteur de leurs espérances, et des nôtres! Il convient toutefois de préciser que les Américains ne sont pas partis d'une feuille blanche puisqu'ils ont utilisé la Mercedes SLK comme base de travail.
Durant tout le processus de production, le but poursuivi par l'équipe d'Ingénierie Véhicule Evoluée (AVE) de Chrysler était de rendre la Crossfire "de route" aussi proche possible de la voiture d'exposition, tout en la dotant de performances en rapport direct avec son allure racée. Pour l'avoir eue devant les yeux deux jours durant, je peux vous assurer que les Américains ont réussi leur pari. Le capot long, la ligne de toit descendante et les montants arrière très inclinés se fondant dans les lignes arrière en poupe de bateau ont été conservés, tout comme les ailes largement rebondies et la ligne de ceinture de caisse qui s'étend sur tout le flanc. Mais c'est de l'arrière que la Crossfire donne le meilleur d'elle-même, là où la ligne de toit descend en triangle jusqu'à la double sortie d'échappement centrale. A contrario, la calandre et surtout les blocs optiques avant nous ont semblé moins réussis. C'est d'ailleurs la partie de la voiture qui a subi les plus importantes modifications par rapport au concept-car de base. Le décrochage des phares n'est pas sans rappeler une certaine BMW Z4. Il faudra pourtant s'y faire puisque ce détail stylistique se retrouvera également sur les prochains modèles Chrysler en tant que partie intégrante de l'identité de marque. Impossible non plus de passer à côté des énormes jantes de 19 pouces (si, si!) à l'arrière et 18 pouces à l'avant, chaussées de Michelin Pilot Sport code Y homologués pour 300 km/h (au grip phénoménal, mais on y reviendra) de respectivement 255 et 225 mm. Vu le prix de ces gommes, les acheteurs seront peut-être contents de savoir qu'ils peuvent opter en deuxième monte pour des GoodYear Eagle Ultra Grip à code V (240 km/h maxi).

Construite par Karmann

Evidemment, avec une ceinture de caisse aussi haute que celle de la Crossfire, il ne faut pas s'attendre à recevoir beaucoup de lumière dans l'habitacle, ni à bénéficier d'une bonne vision panoramique. Par contre, Chrysler annonce une rigidité de caisse record, meilleure que celle d'une Porsche 911! De quoi permettre aux suspensions de travailler à 100% de leurs capacités. La part importante des composants d'origine européenne (39% des pièces sont issues de la banque d'organes du groupe DaimlerChrysler) et le fait qu'aucune usine du groupe n'avait la capacité de fabriquer la Crossfire a mené le constructeur à confier la production au carrossier allemand Karmann, établi à Osnabruck. Une sous-traitance européenne qui n'empêchera pas Chrysler d'écouler 85% des 20.000 voitures fabriquées annuellement de l'autre côté de l'Atlantique.
En m'installant à bord, quelle ne fut pas ma surprise de constater que la colonne de direction n'est pas réglable en hauteur. Pourtant, pour une fois, les explications des responsables m'ont convaincu: les réglages électriques du siège (dans 8 direction pour le conducteur, 4 directions pour le passager) sont suffisants pour adopter une bonne position de conduite. Par contre, l'absence de réglage en hauteur du volant nuit considérablement à la lisibilité des cadrans, lesquels sont immanquablement masqués par la partie supérieure de la jante du volant. Dommage! Dommage aussi que Chrysler ait opté pour une finition en plastique argenté pour sa console centrale. L'aluminium aurait eu une toute autre allure. Bravo par contre pour l'excellent système audio Infinity avec amplificateur à 6 canaux de 240 watts et six enceintes (dont deux caissons de graves) réparties dans l'habitacle. Bon point aussi pour les espaces de rangement. Outre la boîte à gants de 4,8 litres, on retrouve des vide-poches filet sur toute la longueur de chaque porte, deux aumônières derrière chaque siège (sur la cloison arrière de l'habitacle) et un casier de rangement de 4,6 litres sous le couvercle articulé du tunnel de transmission.

3.2 Mercedes

Doté de systèmes d'admission et d'échappement propres à Chrysler (pour des raisons d'encombrement et de sonorité), le moteur V6 3,2 litres qui se retrouve sous le capot de la Crossfire est intégralement identique à celui que l'on retrouve sur les Mercedes C, CLK, SLK et E. Doté d'un arbre à cames par rangée de cylindres, d'une culasse 18 soupapes et de deux bougies par cylindre (double allumage), ce bloc entièrement réalisé en aluminium développe 215 chevaux à 5.700 tr/min et un couple maxi de 310 Nm à 3.000 tr/min. C'est largement assez pour emmener les 1.388 kilos de la Crossfire, mais pas suffisant pour faire d'elle un coupé à très hautes performances à l'instar des Nissan 350 Z, Porsche Boxster ou Audi TT 3.2. Cela dit, sur la route, la Crossfire ne se débrouille pas trop mal avec 242 km/h en pointe et 6,5 secondes pour passer de 0 à 100 km/h. Des chiffres qui semblent correspondre aux performances réelles de la voiture puisque nous avons atteint un bon 250 km/h compteur sur les autoroutes allemandes.
Mais ce qui est plaisant avant tout sur ce coupé, c'est la manière dont la puissance est délivrée. Car si le couple maxi est bien atteint à 3.000 tr/min (ce qui est déjà très bas pour un moteur à essence), plus de 90% est disponible entre 2.600 et 5.300 tr/min, et 98% entre 3.000 et 4.500 tr/min. Vous l'aurez compris, c'est en conduisant "coulé" que l'on parvient à tirer le meilleur parti de la Crossfire. La sonorité moteur, bien qu'agréable, n'a d'ailleurs rien à voir avec le souffle rageur de la 350 Z, qui s'adresse définitivement à une autre clientèle. Chrysler a également mis le paquet pour isoler l'habitacle des bruits et des vibrations. Le moteur est maintenu par deux silent-blocs hydrauliques à l'avant et un silent-bloc en caoutchouc dans sa partie arrière. Idem pour les suspensions, héritant de bagues spéciales pour filtrer les vibrations.

Sur des rails

Mais là où l'on attendait peut-être un peu moins la Crossfire, c'est en matière de comportement routier. Difficile de dire si le mérite en revient aux phénoménaux Michelin Pilot Sport aux dimensions impressionnantes ou au travail réalisé sur le châssis (probablement les deux), mais cette voiture est capable de vitesses de passage en courbe insoupçonnées. Même en déconnectant l'ESP, la Crossfire ne bronche pas, pardonnant même les erreurs de conduite les plus grossières (sauf peut-être celles de nos collègues espagnols qui se sont retrouvés sur le toit). Parfaitement saine dans ses réactions, la voiture affiche un comportement neutre, exempt de sous-virage et acceptant une légère dérive du train arrière lorsqu'on la provoque, mais toujours avec une progressivité déconcertante. Pourtant, le débattement total des roues s'élève à 155 mm, ce qui est plutôt inhabituel pour un coupé sport. Mais le confort que les ingénieurs ont voulu procurer à la Crossfire ne nuit en rien à ses aptitudes sportives, bien aidées par des réglages de géométrie anti-cabrage et anti-plongée, ainsi qu'une structure extrêmement rigide permettant de faire travailler au mieux les suspensions. Le système de freinage (disques avant ventilés et arrière pleins, ABS, amplificateur BAS) n'a pas non plus montré de signe de faiblesse, même si j'aurais apprécié disposer d'une attaque plus franche de la pédale.

Priorité au pied

Bref, le tableau dynamique de la Crossfire serait parfait s'il n'y avait ces satanées boîtes de vitesses. Non pas qu'elles soient intrinsèquement mauvaises, mais les transmissions empruntées à la banque d'organes Mercedes manquent de sportivité pour une voiture de cette trempe. La boîte manuelle à six rapports se montre un peu lente lorsque le rythme s'accélère, notamment en raison de l'importance des débattements. Quant à la transmission automatique à 5 rapports, elle se montre incapable de rétrograder efficacement au lever de pied, ce qui n'est pas toujours une bonne idée en entrée de courbe. Il reste alors la solution de l'utiliser en mode AutoStick (maniement manuel latéral au levier). Mais hormis le mouvement fort peu naturel pour passer les vitesses à gauche ou à droite, ce système donne la priorité absolue au pied. Je m'explique: lorsque vous êtes en seconde, l'accélérateur enfoncé à fond et que vous décidez de monter un rapport avant le régime maxi, la boîte ne veut rien entendre. Vous avez beau donner l'impulsion sur le levier, l'électronique ne passera le rapport suivant qu'une fois la zone rouge atteinte ou si vous soulagez l'accélérateur. C'est malheureusement ce qui arrive souvent à l'approche d'un virage, juste au moment où vous ne voulez pas monter une vitesse. Bref, tout cela nuit quelque peu à la précision de conduite, mais dans des conditions, il est vrai, que l'on rencontre (malheureusement) de moins en moins souvent sur nos routes !

Conclusion

Véritable sculpture sur roues, la Chrysler Crossfire dispose d'un comportement routier sans faille. Cette sportivité est malheureusement quelque peu tempérée par une puissance limitée et des transmissions un peu trop "bourgeoises" pour en faire une véritable rivale des coupés "radicaux" que sont les Nissan 350 Z, Porsche Boxster et Honda S 2000.

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