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BMW 645 Ci : Rencontre du 6e type

Lorsqu'une nouvelle Série 6 se met au contact de son ancêtre, ça fait forcément tourner les têtes. Et même si la filiation entre ces deux modèles n'a rien d'évident, force est de reconnaître qu'ils incarnent, chacun à leur époque, la passion de l'automobile dans ce qu'elle a de plus pure : les coupés.


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Qualité au rendez–vous
V8 contre 6 en ligne
Boîte inversée
Sous les poules
Sport ou confort?
Poussée ininterrompue
Conclusion

1979-2004. Vingt-cinq ans séparent ces deux voitures. Un quart de siècle qui s'apparente à une éternité, tant les progrès réalisés par l'automobile ces dernières années sont impressionnants. Certes, elles portent toutes les deux le même nom de baptême: Série 6. Racées et puissantes, elles jouent à fond la carte du dynamisme et du prestige. Leurs tarifs prohibitifs les rapprochent également. La nouvelle vaut environ 75.000 euros, alors que l'ancienne se négociait à près de deux millions de francs au milieu des années 80! Mais vous allez voir que, dans la pratique, la comparaison s'arrête là. Du design au caractère en passant par l'équipement ou la sécurité, deux époques s'opposent.
Il faut dire que l'eau a coulé sous les ponts depuis le génial coup de crayon de Paul Bracq, papa de la première Série 6. C'était le temps des BMW Shark Nose (nez de requin), et ceux des Série 6 étaient les plus pointus et les plus inclinés de la gamme. En ce temps-là, les aérodynamiciens n'avaient pas encore mis de peaux de bananes sous les semelles des designers. Très fine, la 635 CSI s'aiguisait encore par de discrètes bandes autocollantes courant le long du flanc et sur le spoiler avant. A l'arrière, un béquet en mousse surplombait le pare-chocs, coupé dès son arrivée sur les ailes. Du moins sur notre modèle du jour: une Phase I (les plus rares) de 1979. Par la suite, les protections se feront plus enveloppantes, jusqu'aux passages de roues. A propos, savez-vous quelle était la monte pneumatique d'origine? Du 195/70 sur des jantes de 14 pouces! Avec 218 chevaux sur le train arrière, ce devait être du sport... raison pour laquelle le propriétaire actuel a opté pour des jantes Alpina 16 pouces !

Qualité au rendez–vous

A côté de la 635 CSi, la 645 Ci paraît beaucoup plus imposante. Pourtant, elle ne mesure que 6 cm de plus. Comme les Série 7, 5 et Z4, la nouvelle Série 6 est l'oeuvre de Chris Bangle. Adepte du "Flame Surfacing" (mélange de surfaces convexes et concaves), le designer maison s'est semble-t-il quelque peu calmé au moment de façonner son nouveau bébé. Long capot avant, ligne de toit courte et basse, habitacle reculé... La 645 Ci possède bien tous les attributs d'un coupé. Elle fait même un clin d'oeil à son ancêtre en intégrant son béquet dans la malle arrière. Elégante et majestueuse, la nouvelle venue semble cependant avoir mis quelque peu le sport de côté pour s'embourgeoiser. Un constat qui se décline également dans l'habitacle où l'électronique règne en maître. Du système i-Drive au climatiseur en passant par les sièges électriques et le régulateur de vitesse, cette voiture propose tout ce qui se fait de mieux en matière de confort embarqué. Du moins si vous allez puiser dans la liste des options, plutôt longue et onéreuse. Reste que cette 645 Ci propose un confort absolu, alors que la qualité de la finition et des matériaux nous réconcilie avec BMW, après le décevant épisode X3.
Les sièges de notre 635 CSI sont des Recaro cuir noir. Une option, elle aussi très chère à l'époque. Mais quelle qualité: après 25 ans de bons et loyaux services, ils présentent toujours aussi bien. Ici, pas de réglage électrique, mais il était déjà possible, en 1979, de faire varier la hauteur de l'assise, tout comme celle de la colonne de direction. Pas de climatisation non plus, mais quatre vitres électriques! Ce modèle dispose même de l'ancêtre de l'ordinateur de bord: un système de check-up lumineux actionné par un bouton poussoir.
Question habitabilité, la nouvelle est un peu plus spacieuse, mais le concept est demeuré le même. Il s'agit de coupés 2+2 disposant d'un véritable coffre: 450 litres pour la nouvelle, 413 litres pour l'ancêtre.

V8 contre 6 en ligne

Coupés hautes performances, ces deux voitures disposent naturellement de quoi affoler les radars. Mais ici comme ailleurs, deux époques s'affrontent. Sous le capot de la 645 Ci ronronne un moteur V8 4.4 litres développant la bagatelle de 333 chevaux et un couple maxi de 450 Nm. Les performances sont de la même veine puisque c'est un limiteur électronique qui bride la voiture à 250 km/h, ce qui ne l'empêche pas de passer de 0 à 100 km/h en 5,6 secondes.
Evidemment, à ce niveau, la 635 CSi se prend une grande claque sur le museau. Dans la plus pure tradition BMW, elle fait appel à un six cylindres en ligne. D'une cylindrée de 3,5 litres, il développe 218 chevaux et 310 Nm. Loin d'être ridicules encore aujourd'hui, ses performances en faisaient à l'époque un véritable épouvantail: 229 km/h en pointe, 0 à 100 km/h en 7,4 secondes.
Faut-il vraiment vous parler de consommation? Bon, sachez que BMW annonce une moyenne de 11,7 litres en cycle mixte mais que, dans la pratique, il vaut mieux compter entre 12 et 14 litres. Quant à la 635 CSi, c'est difficile à dire pour l'instant puisque la voiture est en rodage (non, ce n'est pas une blague!), mais une moyenne de 15l/100km semble raisonnable.

Boîte inversée

Pour transmettre la cavalerie aux roues arrière, la 645 Ci offre le choix entre trois boîtes de vitesses: mécanique, automatique ou robotisée SMG (avec palettes au volant). Toutes comportent six rapports. Trois boîtes, c'est également ce que proposait la 635 CSi, du moins sur certaines années de production. Outre la traditionnelle boîte manuelle à cinq rapports ou la transmission automatique à quatre rapports, ce coupé proposait, en option, une boîte sport aujourd'hui très recherchée. Hormis ses rapports plus courts, cette transmission se singularisait par sa première vitesse située en bas à gauche. Du coup, tout le reste était inversé: seconde en haut, troisième en bas, etc. Ce choix, finalement très logique, s'explique par le fait qu'en conduite sportive, la première vitesse n'est que très rarement sollicitée, surtout avec une démultiplication aussi courte. Mieux vaut dès lors disposer des quatre derniers rapports en H pour un maniement plus précis et plus rapide. Une autre époque, vous disais-je! Cela vaut également en matière de sécurité. Car même si la 635 CSi pouvait compter sur des étriers avant à quatre pistons, il n'était pas question d'ABS, du moins dans ses premières années de production. Un équipement dont dispose bien entendu la nouvelle, qui y ajoute un amplificateur de freinage d'urgence ainsi qu'un répartiteur. Le contrôle dynamique de stabilité DSC complète un tableau sécuritaire incluant également de multiples airbags.

Sous les poules

Construite à 86.000 exemplaires jusqu'à sa disparition en 1989, la Série 6 de la précédente génération a battu tous les records de production de coupés dans l'histoire de la marque. Pourtant, aujourd'hui, quasiment plus aucun ne circule sur nos routes. Une situation qui s'explique par la fâcheuse tendance à la corrosion qui frappait ces voitures, lesquelles n'ont pas toujours été maintenues par la suite dans un très bon état d'entretien. Aujourd'hui, ceux qui ont déniché la perle rare se heurtent souvent à un double problème: trouver un véritable spécialiste en la matière, et se procurer les pièces. Il faut en effet savoir que l'usine n'est, à l'heure actuelle, plus en mesure de fournir toutes les pièces (qu'elles soient mécaniques ou de carrosserie) indispensables à la restauration. Ce problème est principalement aigu en ce qui concerne les Phase I, pourtant les plus intéressantes non seulement en raison de leurs qualités sportives (châssis, freins, système d'injection), mais également parce qu'elles atteignent tout doucement l'âge fatidique des 25 ans permettant de les immatriculer en tant qu'ancêtre.
La 635 CSi présentée ici fut trouvée dans une grange, à Enghien, il y a bientôt deux ans. C'était une épave, sur laquelle dormaient les poules. La première étape de la restauration consista à refaire la carrosserie (soudure à l'étain) avant la remise en peinture (teinte d'origine). Mais le gros du travail fut mécanique. Moteur, transmission, système de frein, suspensions. Tout fut revu de fond en comble par un amoureux des Série 6.

Sport ou confort?

En pénétrant à bord de la 635 CSi, c'est une odeur de vieux cuir patiné qui vous attend. Derrière le volant, la position de conduite n'est pas pleinement satisfaisante. Mais quel bonheur de retrouver le poste de pilotage orienté vers le conducteur. Les baquets Recaro interdisent toute forme d'embonpoint, mais cadrent bien avec l'ambiance sportive de la voiture. Une ambiance qui se confirme une fois la clé de contact tournée dans le barillet. L'insonorisation n'était visiblement pas le souci majeur des concepteurs, mais c'est très bien comme ça.
Surtout, penser à la première: en bas à gauche! L'embrayage est progressif, mais le rayon de braquage digne d'un camion oblige le conducteur à s'y reprendre à plusieurs reprises lors des manoeuvres. Ouf, il y a une direction assistée. Après un petit temps d'adaptation, le maniement de la boîte semble parfaitement logique. Par contre, la voiture requiert une attention de tous les instants tant elle a tendance à suivre les irrégularités de la chaussée. Les gros pneus couplés au carrossage négatif de l'essieu arrière n'arrangent rien à l'affaire. Malheureusement, la voiture, qui fait ses premiers tours de roues après un an et demi de restauration, est en rodage. Inutile donc d'espérer exploiter le potentiel du pont arrière autobloquant. Mais même à faibles vitesses, les sensations sont garanties. C'est peut-être ça, finalement, le secret des ancêtres...

Poussée ininterrompue

De cuir, il en est également question à bord de la 645 Ci. Comme sur son aïeule, les sièges sports sont en option. Mais même s'ils sont bien dessinés, leur maintien n'a rien à voir avec les Recaro de l'époque. A croire que les riches de maintenant sont plus gros que leurs prédécesseurs... Omniprésent dans l'ancêtre, le moteur est ici très discret. Tout juste fait-il entendre son souffle lorsque l'on écrase l'accélérateur. Un exercice que l'on répète d'ailleurs inlassablement tant la poussée dans le dos semble ne jamais devoir fléchir. Pour avoir eu le privilège d'essayer tour à tour la boîte automatique "classique" et la boîte manuelle à six rapports, mon choix se tourne vers la première. Question d'onctuosité. Autre option à ne pas manquer sur la 645 Ci: la direction active, particulièrement agréable à utiliser, tout comme l'éclairage adaptatif. D'autres réjouissances sont également au programme, comme le toit ouvrant panoramique ou le système antiroulis Dynamic Drive. A condition d'avoir le portefeuille bien rempli...

Conclusion

Même si elle a repris le nom de baptême de son ancêtre des années 80, la nouvelle Série 6 se rapproche davantage de la Série 8 qui a connu une carrière commerciale en demi-teinte. Confortable, performante et à la pointe de la technologie, elle a vendu son âme de sportive pour mieux se concentrer sur ses qualités de grande routière. Une évolution qui traduit de nouvelles exigences de la part d'un public en quête de "sensations business class".

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