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Dans la foulée de la Phaeton, Volkswagen lance son
deuxième véhicule haut de gamme, sous la forme d’un SUV cette fois. Propulsé
par le phénoménal V10 TDI, le Touareg a la prétention de se montrer aussi
à l’aise sur la route qu’en dehors. Nous avons vérifiéÉ
Plutôt
ambitieuse la politique produits menée depuis quelques mois par Volkswagen
! Après la Phaeton, limousine de (très) grand luxe destinée à jouer dans
la même cour que les Mercedes Classe S, Audi A8 et BMW Série 7, c’est
au tour du Touareg de venir brouiller les cartes dans un segment certes
en plein essor, mais où les constructeurs commencent tout doucement à
se bousculer. Ses concurrents directs : les BMW X5, Mercedes ML, Jeep
Grand Cherokee ou encore Volvo XC 90. Mais à l’issue de l’essai que nous
avons mené sur le terrain même du développement du Touareg, à quelques
kilomètres de la Principauté d’Andorre, notre opinion est que son seul
véritable concurrent se nomme Range Rover. Pas tellement en raison du
luxe ou de la prestance de l’engin, mais plutôt grâce à l’extraordinaire
faculté qu’il a de combiner des capacités de franchissement hors du commun
avec un comportement routier de premier ordre. Explications.
Etanche
!
Inutile de s’abreuver
de chiffres pour se convaincre de l’importance du segment SUV (Sport
Utility Vehicles) : en Europe de l’Ouest, leurs ventes annuelles ont
progressé de 13,6% par an entre 1997 et 2001 ! Il était donc grand temps
pour le groupe allemand de réagir, et c’est à Volkswagen que revient
l’honneur d’entrer dans la danse avant l’arrivée prochaine de Porsche
et de sa Cayenne. Les mauvaises langues diront même que les deux véhicules
sont quasiment des clones à l’exception des moteursÉ ce qui n’est pas
entièrement fautÉ Mais revenons à nos moutons. Imposant de par ses dimensions
(4,75 mètres de long; 1,93 mètres de large et 1,73 mètres de haut, sur
un empattement de 2.850 mm), le Touareg est cependant plus bas que la
plupart de ses concurrents. Cette impression se ressent au premier coup
d’Ïil : la ligne générale est très dynamique, et l’ensemble paraît particulièrement
bien "posé" sur la route, avec des jantes de 18 (V10 TDI) ou 17 (V6)
pouces. Les yeux avertis remarqueront également que les porte-à-faux
avant et arrière autorisent un angle d’attaque de talus plutôt intéressant
(28 degrés, et même 33,2 degrés sur les versions à suspension pneumatique).
En regardant d’un peu plus près, on découvre également les triples joints
de portes destinés à étanchéifier l’habitacle lors des passages à gué.
Dans la même optique, les phares sont parfaitement étanches tout comme
les connexions des fiches électriques. Pas étonnant, lorsqu’on sait
que le Touareg est capable de traverser des rivières profondes d’un
demi-mètre, voire plus avec la suspension pneumatique.
Attelage
électrique
Autre
spécificité de ce SUV : les ailes avant sont en matière plastique, tout
comme les boucliers des pare-chocs, ceci dans le but évident d’absorber
un maximum d’énergie lors des faibles impacts, que ce soit lors des
manÏuvres de stationnement ou en hors piste. Et comme une partie non
négligeable de la clientèle cible est amenée à utiliser le Touareg pour
tracter (jusqu’à 3,5 tonnes), Volkswagen nous gratifie d’une première
mondiale : l’attelage à déplacement électrique. Il s’agit d’un système
totalement invisible, caché dans le bouclier, et qui sort comme un lapin
de son chapeau sur la simple pression d’un bouton. Enfin, notez que
si vous êtes amateur de pare-buffle, mieux vaut passer votre chemin.
Pour des raisons de sécurité (contact avec les piétons), Volkswagen
a volontairement exclu cet équipement de sa liste d’option. D’ailleurs,
comme c’est le cas chez Volvo avec le XC 90, les ingénieurs de Wolfsburg
se sont attachés à rendre le Touareg "compatible" avec les autres véhicules
lors des chocs, histoire de ne pas mettre en péril l’intégrité physique
des usagers de la route ne se déplaçant pas dans les sphères des véhicules
haut perchés.
Business
class
Dans l’habitacle, la qualité des matériaux est conforme
à ce que l’on attend d’une Volkswagen, à l’exception du plastique recouvrant
la partie inférieure de la planche de bord, que l’on aurait voulu moins
dur au toucher. La position de conduite est parfaite grâce aux multiples
réglages du volant (hauteur et profondeur) et du siège. Sur les versions
à boîte automatique, deux palettes situées derrière le volant permettent
de passer les rapports manuellement. Par contre, j’aurais vraiment aimé
pouvoir escamoter l’accoudoir central pour disposer de plus d’aisance
au volant, notamment en utilisation off-road, ce qui est malheureusement
impossible. Côté fonctionnalités, la banquette arrière est rabattable
2/3Ð1/3, et la contenance du coffre peut varier de 555 à 1.570 litres.
L’accès se fait soit par la vitre arrière qui s’ouvre indépendamment,
soit par le hayon tout entier. Notez que les personnes de petite taille
éprouveront quelques difficultés à pouvoir agripper la vitre arrière
ouverte pour la refermer, et qu’à l’inverse, les grands gabarits risquent
de se heurter le front sur l’arrête du hayon en raison d’un angle d’ouverture
insuffisant. Plutôt agaçant sur un véhicule de ce gabaritÉ Tant qu’on
est dans les défauts, signalons que la cinquième place (centrale arrière)
est plutôt symbolique en raison du manque d’ergonomie de l’assise (accoudoir
central oblige) et de la présence du tunnel de transmission au niveau
des pieds. La climatisation est bien entendu de série, et un dispositif
à quatre zones (gauche/droite + avant/arrière) est même disponible en
option. Toujours en option, le système Keyless intègre un transpondeur
à la clé de contact, laquelle ne doit donc plus quitter la poche du
conducteur. L’électronique se charge de déverrouiller les ouvrants dès
que ce dernier s’approche du Touareg, et il ne reste plus alors qu’à
appuyer sur le bouton "Start" pour démarrer.
Véritable franchisseur
Nous vous l’expliquions en introduction, ce qui rapproche
singulièrement le Touareg du Range Rover, ce sont les capacités de franchissement.
Là où les X5, ML, XC 90 et RX 300 auront rebroussé chemin depuis longtemps,
le Touareg poursuit sa route, imperturbable. Vous nous direz que ça n’a
pas beaucoup d’intérêt car seule une proportion infime des propriétaires
de ce type d’engin s’aventure en dehors des sentiers battus. 100% d’accord.
Mais ils pourront dire que leur Touareg est capable deÉ Cela fait aussi
partie du prestige ! Sur le SUV made by Volkswagen, la transmission du
couple vers les roues motrices est assurée par une boîte de transfert
(dotée en série d’une gamme courte), ainsi que par un différentiel avant,
arrière et central. En option, il est également possible d’opter pour
un blocage du différentiel arrière, alors que le différentiel central
est verrouillable de série. Ce dernier est géré de manière entièrement
automatique par l’électronique des liaisons au sol. En fonction de la
situation, il est ainsi possible de transmettre jusqu’à 100% de la force
motrice à un seul des deux essieux. Cela dit, il est également possible
d’opérer le blocage de façon manuelle via une roulette située sur la console
centrale. Une fois tout cela assimilé, il ne nous restait plus qu’à nous
lancer à l’attaque de la piste d’essai, avant d’entamer le parcours en
terrain naturel. Première opération : sélectionner la boîte courte en
positionnant la molette sur position "Low". Ensuite, il ne reste plus
qu’à positionner le sélecteur de la boîte automatique (la seule disponible
pour nos essais) sur "D" , et c’est parti. Ça commence fort : la côte
qui s’annonce devant nous affiche une pente de 45 degrés ! Le Touareg
avale la rampe sans coup férir, répartissant au mieux la motricité sur
l’un ou l’autre des essieux. Il est même possible de s’arrêter en plein
milieu de la pente. Sans freiner, sans accélérer : la voiture reste immobile.
Il suffit alors de redonner du gaz pour repartir sans autre formalité.
Plus impressionnante encore est la capacité du Touareg a se déplacer sur
les dévers. Les concepteurs du parcours avaient prévu de tourner autour
d’une butte inclinée à environ 40 degrés. Là encore, le Touareg ne bronche
pas, à l’inverse des occupants qui se cramponnent à tout ce qu’ils peuvent
dans l’habitacleÉ Pour le parcours en terrain naturel, nous avons eu droit
à un V10 TDI équipé de la suspension pneumatique CDC (Continuous Damping
Control). Alors que le Touareg avec ressorts en acier dispose d’une garde
au sol maximale de 237 mm, les versions équipées du CDC annoncent 300
mm, ce qui est considérable. Il convient toutefois, pour conserver cette
valeur, de ne pas dépasser 20 km/h. Au-delà, le système redescend automatiquement
à 240 mm, puis à 215 mm (assiette route) à partir de 70 km/h pour d’évidentes
raisons de sécurité. Toujours est-il qu’avec une telle garde au sol et
la technologie embarquée, on a l’impression de pouvoir grimper aux arbresÉ
et en redescendre tout aussi facilement puisqu’il suffit de passer du
mode "Drive" en première vitesse manuelle (Tiptronic) pour bénéficier
d’un système de retenue (en option) qui évite pas mal de sueurs froides
V10
TDI : au fou !
On ne vous en a pas encore parlé, mais sous le capot du Touareg se
cache le fameux V10 TDI qui prendra place également sous celui de la
Phaeton. Dans un premier temps, seule cette motorisation, ainsi que
le V6 3.2 essence de 220 chevaux (Phaeton et Golf R32), seront disponibles.
Deux autres moteurs suivront ultérieurement : un TDI 2.5 de 174 chevaux
et le V8 4.2 de 310 chevaux qui équipe l’Audi A8. Mais revenons à notre
V10 TDI. C’est tout simplement le diesel (pour voitures) le plus puissant
du monde : 313 chevaux à 3.750 tr/min et 750 Nm de couple à 2.000 tr/min
! Rien que ça ! D’un point de vue purement conceptuel, ce moteur est
constitué de deux blocs cinq cylindres, entièrement indépendants sur
le plan de l’admission d’air et de l’échappement, mais couplés au niveau
de la mécanique et de la technique de régulation. Les performances sont
à la hauteur : 0 à 100 km/h en 7,8 secondes et 225 km/h en pointe. Ce
n’est pas monstrueux en soi, mais rapporté au gabarit et à la vocation
de la voitureÉ La consommation : 12,2l/100km. Mais il s’agit d’une donnée
constructeur. Autant dire qu’il vaut mieux compter sur 14 litres. Outre
la cylindrée de 4.921cc, ce V10 TDI tire sa puissance du système à injecteurs-pompe
de dernière génération (jusqu’à 2.050 bars de pression !) et une suralimentation
assurée par deux turbocompresseurs. A l’usage, outre une poussée ininterrompue
sur toute la plage de régime, ce moteur se fait remarquer par son silence
de fonctionnement et sa quasi absence de vibrations, due en grande partie
à l’utilisation d’un arbre d’équilibrage à rotation inverse du vilebrequin.
Comme une berline
Remarquable d’efficacité dans les forêts catalanes, le Touareg se devait
de confirmer son potentiel sur route. Ce qu’il a fait avec brio. S’il
n’est pas tout à fait au niveau d’un BMW X5 (qui le paie cher en off-road),
il est largement devant le reste de la troupe. En conditions de roulage
normales (route sèche, adhérence uniforme), la transmission intégrale
répartit le couple de façon égale entre les deux essieux. Dès qu’une
roue perd de l’adhérence, la motricité est transférée vers l’essieu
présentant la meilleure adhérence via le blocage du différentiel central.
Jusque-là, rien de bien particulier. Ce qui l’est plus, c’est la suspension
pneumatique. Efficace en tout-terrain, elle l’est également sur la route.
Par principe, la suspension CDC maintient le Touareg à une hauteur constante.
Afin de maintenir le même niveau entre le train arrière et le train
avant, quatre capteurs d’assiette mesurent en permanence l’écart entre
l’essieu et la carrosserie. Dans la pratique, la régulation réagit à
la moindre inégalité de la chaussée et compense celle-ci par la variation
du réglage des amortisseurs. Résultat : les mouvements de caisse tels
que le tangage et le roulis sont considérablement réduits. Autre avantage
de ce type de suspension sur route : la garde au sol s’abaisse automatiquement
en fonction de la vitesse : 215 mm entre 0 et 125 km/h, 190 mm au-delà
de 125 km/h et 180 mm au-delà de 180 km/h. Il est même possible d’abaisser
la garde au sol jusqu’à 160 mm (en dessous de 5 km/h) pour faciliter
le chargement de la voiture. Finalement, la seule faiblesse du Touareg
en matière de comportement routier se situe au niveau des freins. Rien
de dramatique, mais le système manque un peu de mordant, ce qui est
parfois inquiétant lorsque l’on mène cet engin de près de 2,5 tonnes
à (très) vive allure. Quant aux prix, ils tourneront autour de 43.000
euros pour le V6 et de 70.000 euros pour le V10 TDI.
Frédéric De Backer
Conclusion
Enfin
un vrai rival pour le Range !
Avec la Phaeton Comme la limousine, le nouveau SUV de Volkswagen ne
sera vendu que par quelques concessionnaires spécialisés, prêts à consentir
les investissements nécessaires pour viser une nouvelle clientèle haut
de gamme.
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